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 Noël en cadavre (exquis) [cadeau au Clown]

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Laziale

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Noël en cadavre (exquis) [cadeau au Clown] _
MessageSujet: Noël en cadavre (exquis) [cadeau au Clown]   Noël en cadavre (exquis) [cadeau au Clown] Icon_minitimeJeu 17 Déc - 23:13


De sombres et gris nuages, qu'on ne pouvait situer dans le temps, s'étalaient à perte de vue jusque derrière l'horizon. Ils déversaient de la neige sur tous les vaux et vallons tant et si bien que la moindre parcelle des champs alentours, des bosquets et des petits bois avaient revêtu leur manteau d'hiver à la couleur si particulière du blanc-gris de boue. Dans les confins les plus reculés de cette campagne, demeurait une vieille bicoque encastrée contre une butte de terre, faite de pierres plates et de tuiles grises sur lesquelles les mauvaises herbes et les mousses avaient prospéré. Mais recouverte elle aussi de neige, la cassine se fondait dans ce paysage où la nature s'était mise en sommeil. Seule la petite cheminée qui crachait de la fumée noire venait troubler ce repos.

Dans l'âtre de la cheminée, une spatule surgit pour brasser le contenu du pot en terre cuite qui répandait une succulente saveur dans l'unique pièce du taudis. On en prit une louchée et des lèvres ridées vinrent y goûter. Une chétive silhouette se redressa dans la clarté du feu.

- Tu peux te mettre à table. C'est maintenant prêt à être dégusté, signa une voix graveleuse.

Une fillette se retira du bord de la fenêtre d'où l'on pouvait admirer la chute des flocons de neige et vînt rejoindre la table. Deux écuelles accompagnées de médiocres couverts et de godets étaient mises et éclairées par une timide bougie. Une fois assise, les bras croisés et le sourire aux lèvres, ses jambes trépignèrent de l'appétit qui l'animait. La dame ramena le potage tant bien que mal sur la table, son déhanchement difficile accusant un âge avancé. Elle prit l'écuelle de la petite d'une main et de l'autre y déversa des louches généreuses. Elle posa le récipient devant la gamine qui se mit à saliver et avait déjà enfourché sa cuillère en bois. Tandis qu'elle attendait poliment - mais non sans impatience - de tendres pommes de terre baignées dans un bouillon rouge de tomates, mêlé à des feuilles de laurier et à la graisse du lard, des saucisses fines et grosses, des filets de viandes rosies, mais aussi des flageolets, du choux, des navets, des poireaux s'offraient à sa vue. Quand la grand-mère eut fini de se servir, elle ajouta un plat de marrons chauds teintés de miel, un autre composé de fromage blanc saupoudré de sucre d'orge et de morceaux de fraises, de framboises et de groseilles. Lorsque la petite fille vit tous ces délices, ses yeux d'enfant ne savaient plus où donner de la tête. Elle aurait voulu tout manger d'un coup et pour elle seule. Alors que la grand-mère s'assit enfin, la fillette allait entamer son assiette.

- Ha ! s'exclama la vieille femme en se relevant. J'allais oublier...
- Allez Grand-mère ! pressa la gamine.

Certains festins peuvent être de véritables péchés. Mais ils sont dignes qu'on se prive du paradis pour honorer le talent des humains qui surpasse dieu.
La dame grise sortit un flacon de cidre à la mirabelle d'une étagère miteuse et remplit le godet de l'enfant.

- C'est Noël : on va faire une exception pour ce soir, sourit la grand-mère en tendant le récipient en bois.

La jeune fille l'accepta et, ne supportant plus d'attendre, but une petite gorgée pour en juger le goût. Quelle heureuse satisfaction ! C'était sucré et tiède ! Sans tarder, elle renquilla et finit son godet d'une traite.

- Doucement ! s'étonna la grand-mère. Ce n'est pas du petit lait.
- Encore, s'il-te-plait Mamie ! demanda l'enfant joyeux en tendant son godet des deux mains.

La femme âgée secoua la tête afin de faire signe de son agacement, mais décida de le remplir à nouveau.

- Cette fois, tu prends le temps de le savourer ou ce sera de la gourmandise...

La fillette, calmée, dégusta une seconde lippée et posa son gobelet tandis que la grand-mère remplissait à son tour le sien. Mais sa main tremblante lâcha prise, la timbale tomba au sol dans un bruit sourd et fut suivi par un second qui mit longtemps à mourir.

- Ho ! Quelle sotte je fais ! Tu serais un amour si tu pourrais le ramasser à ma place et excuser ta grand-mère de son dos qui l'empêche à présent de s'abaisser.

La fillette s'exécuta en bon enfant bien qu'en son for intérieur, elle bougonnait de ne pouvoir goûter aux délices qui l'attendaient. Elle se mit à quatre pattes pour chercher le gobelet sous la table, un geste qui ne manqua pas de faire chanceler son corps à jeun et jeune sous l'effet de l'alcool. À son grand regret, le godet partit se perdre suite à l'impact de sa chute dans une ouverture qu'elle n'avait jamais remarqué auparavant.

- Ho nan ! Il a roulé dans un trou ! indiqua-t-elle à sa grand-mère.
- Ha ! Il est tombé dans l'égout... Laisse, va, je vais en prendre un autre.
- Il n'a pas pu aller bien loin. Je vais te le retrouver, grand-mère.

C'était une travée naturelle, sombre et minuscule qui s'enfonçait dans la terre de façon oblique. La fillette tâtonna d'une main l'entrée du passage obscur. C'était humide et visqueux. Puisqu'elle ne trouva pas le godet, elle fit passer son corps d'enfant. Elle inspecta à nouveau le sol et toucha l'objet recherché, mais son geste imprécis le fit rouler à nouveau.

- Ha, je l'ai senti, Grand-mère. Je vais l'avoir !
- Reviens, je te dis ! ordonna l'ancienne.

Se sachant proche du but, la fillette poursuivit son avancée dans l'obscurité. Mais le godet continuait à dévaler la faible pente, et plus il roulait, plus la fillette descendait profondément dans la terre humide et plus elle s'éloignait de sa grand-mère. Son avancée était obstruée par quelques vieux restes de repas, tels des os de volaille, ce qui n'empêchait pas au récipient de bois de persévérer dans son chemin. Bientôt la pente s'accentua, la terre humide se transforma en boue, sa prise au sol devient instable et très vite, elle glissa et fut entraînée vers le bas. Elle criait de peur : elle chutait à quatre-vingts degrés. Cela allait très vite. Des racines remplaçaient maintenant les détritus et lui écorchaient le visage et le corps. Les mains en avant, elle essayait de se protéger instinctivement les yeux. La descente s'aggrava une fois de plus. À cette vitesse, elle avait déjà parcouru plusieurs dizaines de mètres. Cependant, au fur et à mesure de sa chute, les ténèbres gagnaient en lueur...
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Le Clown

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Humeur : Ivre de souffrance

Noël en cadavre (exquis) [cadeau au Clown] _
MessageSujet: Re: Noël en cadavre (exquis) [cadeau au Clown]   Noël en cadavre (exquis) [cadeau au Clown] Icon_minitimeDim 20 Déc - 15:54

La descente était longue. Trop longue pour que la chétive petite fille se trouve encore en ce monde qu’elle connaissait alors. Elle ne hurlait plus. Non. En fait, elle ne s’entendait plus hurler tellement ce fait était devenu ordinaire.

Mais depuis combien de temps tombait-elle alors ? Y aurait-il un moment où le sol serait fracassant ? Où la fragile tête viendrait s’exploser comme un rien ? Car, il ne pouvait y avoir de miracle en un tel moment. Comment pouvait-t-on ressortir indemne à une telle vitesse ?

Ses pensées étaient chaos. Elle ne pensait plus à rien. Elle pleurait. Elle se protégeait en vain de ses racines étranges qui lui entaillaient chaque partie de son corps. Son front en avait été une proie parmi tant d’autres, et, à l’heure qu’il était, si la notion d’heure était encore existante, la petite fille voyait maintenant cette lumière éclaboussante d’un voile carmin.

La lumière donc, porteuse d’espoirs, se révéla être un périple encore plus douloureux qu’une traversée dans une obscurité. N’y avait-il pas pire de ne plus rien voir à cause de la lumière ? N’y avait-il pas pire de se retrouver engluer dans une telle blancheur en savant que tout ceci n’était qu’un mirage, mais un mirage où l’on s’efforçait de croire que ce n’en était pas un ?

Une peluche. Une petite peluche à l’effigie d’un ours emmailloté dans de charmants petits vêtements qu’un enfant s’amuse à enlever et à remettre, comme si cette petite créature était un très proche ou un enfant. Une charmante petite peluche qui prônait… Nul part. Elle tenait là comme par enchantement. L’on aurait pu croire que des fils la retenaient mais il n’y avait rien de tel, ou alors, c’est que l’ours fait d’un rembourrage de textiles divers… Se manipulait lui-même.

- Bienvenue à toi.

Trois morts sortant d’une bouche hypothétique et close. Trois mots coulant comme un miel doux et sucré en un paysage de féerie. Il n’y sortait aucune once de méchanceté. Aucune hostilité ne ressortait âcrement de ses pores. Ou plutôt, de son doux pelage.

La petite fille se sentit tout de suite beaucoup mieux. Comme si la cauchemar venait à se terminer. Un odieux cauchemar où elle était tombé pendant des saisons à travers un long couloir méandreux et obscur caché au dessous de la table à mamie. Elle flottait tranquillement dans une lumière chaude, à côté d’une peluche qui présageait… Quelque chose de bon. Cela ne pouvait s’exprimer que par cette phrase innocente.

- Que fais-tu ici petite demoiselle ?

- Et bien je n’en sais rien du tout Monsieur Nounours ! Je me trouvais avec ma grand-mère et je… Oui ! J’ai bu quelque chose qui avait un goût fabuleux ! Qui était meilleur que le petit lait que j’ai l’habitude boire ! Mamie m’a dit de ne pas en abuser mais je crois que je n’ai pas résisté…

Sa voix s’était faite penaude. Sa tête s’était baissée. Elle se triturait les bouts des doigts, et dodelinait du corps. Elle jouait la parfaite comédie de Je-sais-qu’il-ne-fallait-pas-le-faire-mais-je-n’ai-pas-pu-résisté-Désolé.

Le petit ours rit. Toujours sa bouche était fermée. Mais le voix venait bien de cette petite créature rembourrée. Elle sous-entendait qu’il ne fallait pas s’en faire, qu’elle était tout excusée, qu’il était normal d’abuser des bonnes choses.

- Et bien, voudrais-tu m’accompagner en un monde merveilleux avec moi ?

Les yeux de la petite fille étincelèrent grandement. Elle ne savait où elle allait, mais son corps frétillait d’énergie et d’émotions à la perspective futur. Son imagination, loin d’être bridée, lui faisait voir des mondes bleus et roses où des créatures merveilleuses telles que la licorne n’attendait que la venue de petites princesses comme elle.

Spoiler:
 
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Noël en cadavre (exquis) [cadeau au Clown]

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